Colloque « Pluralité des savoirs : Faire de la recherche autrement »
5 novembre 2026, 8h
La Maisonnée
6865 Ave Christophe-Colomb, Montréal
Pour vous inscrire gratuitement au colloque : https://forms.cloud.microsoft/r/g6Kxszu3wH
Dans un monde de plus en plus quantifiable et automatisé, la recherche qualitative tend à se démarquer. Cherchant à rendre compte du vécu et de l’expérience sensible, elle se caractérise aujourd’hui par la recherche qualitative se caractérise aujourd’hui par la présence d’approches et de dispositifs méthodologiques visant la mise en œuvre de recherches critiques, politiquement engagées et participatives qui ont gagné en légitimité au fil du temps (Anadon, 2006). Des méthodologies favorisant la réflexivité et la prise en compte de la positionnalité de la personne chercheuse, telle que l’autoethnographie, sont également de plus en plus mobilisées (Beaubatie, 2023). L’adoption de telles méthodologies visant notamment à reconnaître les savoirs des groupes et personnes concernées peut toutefois encore s’apparenter à une prise de risque et placer la personne chercheuse dans une position de solitude et de vulnérabilité institutionnelle (Godrie, 2025). Sur le plan heuristique, les innovations méthodologiques peuvent néanmoins constituer de puissants leviers de lutte contre les injustices et les ignorances épistémiques qui sous-tendent et reproduisent des inégalités sociales (Godrie & Dos Santos, 2017a).
S’appuyant sur l’épistémologie des savoirs situés, ce colloque vise à explorer les méthodologies émergentes mobilisées dans une visée de justice épistémique et sociale. Il cherche à favoriser la (re)connaissance de ces méthodes; à réfléchir aux défis entourant leur mise en œuvre et, plus largement, à discuter de leurs apports et limites pour repenser les liens entre inégalités sociales et production des savoirs (Godrie & Dos Santos, 2017a).
L’épistémologie des savoirs situés implique une critique du modèle positiviste de la science que l’on retrouve dans l’héritage féministe. Les travaux classiques de Harding, Harraway et Code s’appuient sur l’idée que les savoirs sont toujours produits depuis des points de vue situés, incarnés, médiés par différents objets techniques et traversés par des rapports de pouvoir (Code, 1993; Godrie & Dos Santos, 2017b; Haraway, 1988; Harding, 2004). Les savoirs constituent donc des prises de position sur le monde et dans le monde qui peuvent alimenter ou réduire les injustices épistémiques et sociales qui les sous-tendent (Ajarie, 2019; Godrie et Dos Santos, 2017, p. 27).
Tel que l’a formalisé Miranda Fricker (2007), les injustices épistémiques peuvent être de nature herméneutique — lorsqu’un manque de ressources interprétatives empêche de rendre compte de certaines expériences — ou testimoniale — lorsqu’un témoignage est discrédité en raison du statut social, du genre ou de l’appartenance identitaire de la personne qui le porte. Ces injustices sont systémiques : elles concernent les personnes historiquement oppressées sur la base de leur identité et s’accompagnent d’inégalités sociales plus larges, notamment en matière d’accès au logement ou à un emploi décent (Godrie et Dos Santos, 2017, p. 11).
Toujours situés, les choix méthodologiques peuvent contribuer à (re)produire des injustices épistémiques ou, au contraire, à les dénoncer. Dans ce sens, les approches et dispositifs méthodologiques peuvent donner la parole et visibiliser des groupes traditionnellement marginalisés, contribuer à révéler et remettre en cause les rapports de domination et favoriser la reconnaissance des savoirs marginalisés, ignorés ou disqualifiés.
PROGRAMME DE LA JOURNÉE
8h00 : Accueil du public
8h45 : Mot d’ouverture
9h : Session 1 : Savoirs situés, corps et pratiques artistiques
- Placide Kayombo Mbuyi (UdeM) – Vers une reconnaissance des savoirs du terrain dans la mise en œuvre de la couverture santé universelle en République démocratique du Congo : réflexion à partir d’un projet de recherche en codéveloppement des compétences managériales
- Lilian Vianey Torres Merino (UdeM) – Écouter le corps qui accompagne. Le collage sonore comme méthodologie incarnée de recherche-création autour de la migration
- Julien Brisson (UdeM), Mariangela Castro-Arteaga (UoT), Isaac Melamed (Mas que tres letras), Aarón Zea (Mas que tres letras) et Amaya Perez-Brumer (UoT) – La recherche fondée sur les arts comme pratique de justice intersectionnelle : perspectives
d’hommes de minorités sexuelles en Colombie
10h : Présentations par affiches
- Observatoire des communautés noires du Québec – Les dispositifs participatifs en recherche : expériences de l’Observatoire des communautés noires du Québec et perspectives croisées pour une science inclusive
- Rianna Pain-Andrejin (UdeM) – L’implantation de l’intervention Bouge avec Moi dans des services de garde en milieux défavorisés : réflexions méthodologiques sur une approche collaborative en petite enfance
10h20 : Session 2 – Repenser les rapports entre savoir, pouvoir et justice épistémique
- Ana Lopez (experte de vécu) : Mon parcours comme experte de vécu en recherche participative
- Sylvie Haché (experte de vécu), Karine Guay (experte de vécu), Mélanie Hercules (experte de vécu) et Julie Paquette (Collectif de défense des droits de la Montérégie) – Nos vies ne sont pas des données : Une recherche féministe intersectionnelle en défense
des droits en santé mentale - Observatoire des communautés noires du Québec – Retours expérientiels sur la recherche participative
- Maude Perreault (UdeM – Santé Québec), Chloé Vaccarino (UdeM), Edith Lalanne (Cœliaque Québec), Christine Desjardins (Cœliaque Québec), Saja Farhat (UdeM), Prévost Jantchou (UdeM – CHU Sainte-Justine) et Ahmed Maherzi (UdeM) – Coconstruire un plan d’action avec des patients partenaires : une démarche participative pour reconnaître les savoirs expérientiels en contexte de maladie cœliaque
11h40 : Dîner et conférence-midi – Jacqueline Schneider (UdeM)
13h00 : Conférence de Véronique Leduc (UQAM)
14h : Session 3 : Voix, relations et pouvoir d’agir en recherche
- Nadia Beaudry (ULaval), Émilie Fournier (ULaval), Andréanne Gagné (ULaval) et Sivane Hirsch (ULaval) – Recherche participative avec les enfants : rapports de pouvoir, dynamiques d’influence et enjeux méthodologiques
- Célia Le Normand (McGill), Marianne Corbeil (ENAP), Leyla Rousseau (McGill), Anabelle Gagné (McGill) et Srividya Iyer (McGill) – Cartographier les liens qui comptent pour les jeunes : présentation d’un protocole de recherche-action participative pensé pour la justice épistémique en santé mentale jeunesse
- Charles Dine (La Maisonnée) – De la recherche collaborative à la recherche complémentaire intersectorielle : faire la recherche autrement pour renforcer l’intégration inclusive au Québec
15h20 : Bloc thématique 4 – Pouvoir, positionnalité et nouvelles pratiques d’enquête
- Enrico Agostini Marchese (UdeM – UQAM) – Pour une approche BDSM à la recherche qualitative : réflexions sur le pouvoir et la vulnérabilité dans la dyade chercheur·euse-participant·e
- Asma Minyaoui (UdeM) – Réflexions méthodologiques sur une ethnographie virtuelle auprès de nouvelles arrivantes au Québec
- Reem Alameddine (UQAM) – Faire de la recherche autrement auprès de personnes musulmanes LGBTQI+ : ethnographie féministe, savoirs situés et justice épistémique
16h20 : Table ronde – Recherches en construction et innovations méthodologiques
Kay Thellot (UdeM), Danielle Kouhio Depri (UdeM), Anaïs Janin (UQTR) et Violaine Robillard (UQAM). Animation par Bixie Lacoste (UdeM)
17h : Mot de clôture et 5à7